Être vieux dans l'oeil d'autrui

ÊTRE VIEUX DANS L’OEIL D’AUTRUI


Dans une chronique précédente intitulée “ Plaisir de vieillir ”,  je faisais part de mon opinion sur le vieillissement à savoir que vieillir est un privilège. Je n’ai pas changé d’avis mais l’été dernier alors que je prenais le petit-déjeuner avec des amis de la région d’Ottawa (que je ne vois pas assez souvent d’ailleurs, n’est-ce pas Nounou? J’ai toujours voulu insérer “ Nounou ” dans un de mes textes. Mais ne vous laissez pas berner par ce sobriquet. Nounou a toute une plume et il a déjà remporté le prix France-Acadie. Mais là, je m’éloigne du sujet), ceux-ci m’ont donné matière à réfléchir. La discussion est tombée sur le vieillissement pour qui, d’après eux, est souvent dans le regard de l’autre. C’est donc dire que la vieillesse peut être une question de perception.


Le sociologue Derrick De Kerckhove disait de la perception “ qu'elle n’est pas le constat d’une réalité objective, elle est la négociation d’une présence au monde ”. En effet, la perception est une expérience subjective, une compréhension, une impression plus ou moins nette des choses alors que la réalité a une signification précise. Même si nos perceptions sont bien réelles, cela ne signifie pas qu’elles sont factuelles. L’âge que nous avons, que nous ressentons est une réalité qui nous appartient alors que la perception de l’autre exprime la représentation qu’il se fait de nous-mêmes. C’est donc dire qu’il existe une dichotomie entre la réalité de notre âge et la perception que se fait l’autre vis-à-vis de cette réalité. 


L’effet pervers de la perception est qu’elle entraîne des stéréotypes et des préjugés envers les personnes dites âgées. Cela peut potentiellement provoquer une forme de discrimination à leur égard et ainsi agir sur leur estime de soi et même provoquer une évaluation négative de leur image corporelle. Une manifestation de l’âgisme, pour le moins paternaliste, s’observe sur le marché du travail alors que l’on rémunère, plus souvent qu’autrement, les aînés avec des salaires plus bas que la moyenne. Serions-nous devenus le “ Cheap Labour “ du premier quart du 21e siècle? On remarque également une forme d'infantilisation auprès de certains patients, dits âgés, dans les soins de santé. Cela me rappelle que lors d’un examen récent à l'hôpital, une technicienne en IRM, que je ne connaissais ni d’Eve ni d’Adam, m’a interpellé à maintes reprises par un “ mon p’tit Monsieur ”. Désolé Madame, je ne suis pas votre “ p’tit Monsieur ”, pas plus pour vous que pour l’ensemble du secteur hospitalier et je considère que, nonobstant l’âge d’un patient, chaque individu a droit à un minimum de respect.  


Alors comment combattre les préjugés, les stéréotypes et la discrimination dont sont victimes les aînés en raison de leur âge? Le problème est complexe et certes difficile à résoudre. Une piste de solution est d’être acteur plutôt que témoin au sein de cette problématique.  Nommer le phénomène pour mieux le dénoncer haut et fort apparaît comme un point de départ. Il faut déconstruire les stéréotypes liés à l’âge en respectant la dignité et les droits des personnes dites âgées. Faire pression auprès des autorités publiques pour promouvoir des politiques respectueuses des droits et de la dignité est une avenue pour valoriser l’expérience des personnes vieillissantes. Pour mon humble part, je n'adhère toujours pas au culte de la jeunesse qui entraîne une confusion des âges. Je m’inscris d’ailleurs en faux devant quiconque désire structurer la société comme si tout le monde était jeune. Je ne me considère pas comme un “ vieux ” mais j’assume complètement le cumul de mes années d’existence. Cela ne donne pas pour autant le droit au regard d’autrui de décider si je le suis vieux ou non. 


Commentaires

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    1. Très bel article. J’ajouterais: « On ne peut pas s’empêcher de vieillir, mais on pas s’empêcher de devenir vieux. »

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    2. Merci et totalement en accord avec toi

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  2. En fin de semaine dernière, j’ai assisté à la fête du père d’une amie, qui célébrait ses 100 ans. Il a dansé toute la soirée ! Après une petite discussion avec lui, il m’a dit que pour lui, 100 ans, c'’est juste un «nombre»… que tout se passe entre les deux oreilles. ; )

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