Appropriation culturelle

APPROPRIATION CULTURELLE


Sujet controversé s’il en est un, l’appropriation culturelle fait jaser. J’espère donc ne pas faire d’omelette en marchant sur des œufs par la publication de cette chronique. Pour mieux comprendre ce phénomène, quelques recherches auprès d’auteurs m’ont permis de retenir la définition d’Elise Van Haesebroeck (Plasticité, 2025) qui le définit assez clairement en avançant que “ L’appropriation culturelle implique l’utilisation indue de coutumes, de pratiques, de symboles ou d’idées d’un peuple ou d’une société par des membres d’une autre culture, généralement dominante ”.


À l’époque de Shakespeare, les rôles féminins dans la production de ses œuvres étaient joués par des hommes. À une certaine époque, le “ blackface ” (grimage en noir) était monnaie courante au théâtre ainsi qu’au début du cinéma. On maquillait alors un comédien blanc pour incarner une caricature stéréotypée de personne noire. Justin Trudeau s’est lui-même fait critiquer pour avoir arboré un “ blackface ” à l’occasion d’une fête costumée en 2001. On lui a aussi reproché un faux pas vestimentaire en 2018 lorsqu’il s’est vêtu d’un costume traditionnel lors d’une visite en Inde. En cette même année, le spectacle Kanata de Robert Lepage qui affichait l’histoire du Canada et les oppressions subies par les peuples autochtones a été critiqué du fait que le sujet ne devrait pas être traité par des non-autochtones. La pièce SLAV, du même auteur, généra également maints commentaires dans les médias de masse du Québec. La controverse était liée au choix d’une artiste blanche pour chanter des chants traditionnels d’esclaves afro-américains. 


Plusieurs autres exemples permettraient d’illustrer l'appropriation culturelle, mais personnellement, ce qui m’a fait un peu sourciller, c’est l’annonce du spectacle musical Évangéline prévu pour débuter en 2026. On le sait, le poème Evangeline, A Tale of Acadie publié en 1847 par Henry Wadsworth Longfellow, a permis de faire connaître la tragique histoire de la Déportation des Acadiens dans le monde entier. Mon sourcillement est dû au fait que cette nouvelle production, qui se propose de présenter une des œuvres les plus marquantes de l’histoire acadienne, comprend une distribution presque exclusivement québécoise.


Je sais. Le sujet est délicat. Certains évoqueront, sans doute avec raison, la liberté de création artistique. Au congrès de l'Acfas de 2019 l’humoriste comédienne d’origine tunisienne, Nabila Ben Youssef, avançait que l’acculturation culturelle peut faire partie intégrante de l’art. D'après elle, “ On ne heurte pas un peuple ou une culture quand on utilise son œuvre. Au contraire, on lui rend hommage ”. D’autres argumentent, à juste titre, que l’appropriation  peut effacer le sens original d’éléments culturels, voire les banaliser ou les déformer. Sans compter que les personnes des groupes dominants peuvent tirer des bénéfices économiques ou symboliques de l’appropriation.


Je reconnais que la ligne est mince entre être inclusif et compromettre la liberté d’expression. Toutefois, le  simple fait de s’intéresser au phénomène nous permet de mieux connaître et surtout mieux comprendre une culture. C’est souvent dans l’attitude et dans l’intention d’une personne que l’on reconnaît sa propension à échanger sur un terrain équitable.  Ai-je réussi à me faire une tête face à l'appropriation culturelle? À vrai dire non. Est-ce que je vais m’acheter un billet pour le spectacle musical Évangéline? Non plus. Mais je ne me priverai pas d'essayer la nourriture d’une autre culture, d’écouter une musique venue d’ailleurs ou tenter d’en apprendre davantage sur les us et coutumes de l’Autre.





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