Il y a de ces mots...
IL Y A DE CES MOTS…
Il y a de ces mots qui nous arrivent sans trop que l’on sache trop pourquoi ni comment. Ce sont des mots qui me fascinent, parce qu’ils façonnent, d‘une certaine façon, notre rapport à la société. Comment ne pas avoir en mémoire les réseaux sociaux, la cyberdépendance, l’influenceur, la cancel culture, le wokisme, les fake news, la crise climatique, l’écoanxiété et la pandémie qui, chacun à leur façon, reflètent les transformations technologiques, sociales, culturelles et politiques de ce quart de siècle? Vous souvenez-vous du fameux mot “ostentatoire”, que l’on entendait à répétition au Québec dans les années 2000? Il désignait ce qui est ostensiblement visible, notamment les signes religieux, et s’est imposé dans le débat public à la suite des travaux de la Commission Bouchard-Taylor, créée en 2007.
À chaque année, de nouveaux mots ou d’anciens reviennent populaires à nos oreilles. En 2025, des mots de l’année ont été choisis par plusieurs dictionnaires et institutions linguistiques. Selon l’Oxford University Press, c’est “ Rage bait ” qui désigne du contenu conçu pour susciter de la colère ou de l'indignation afin d’accroître l’engagement ou le trafic sur Internet qui est retenu comme mot de l’année. Le Cambridge Dictionary quant à lui retient pour 2025 le mot “ Parasocial ” qui implique des relations unilatérales que des personnes ressentent avec des célébrités, des influenceurs, ou même des chatbots IA, sans relation réelle en face à face. Le Merriam-Webster pour sa part évoque “ Slop ” pour désigner un contenu IA de très faible qualité.
Certains termes ou mots nouveaux ont retenu l’attention des Canadiens en 2025. L’Office québécois de la langue française a retenu par exemple les termes “ Faurevoir ” qui fait part d’une situation où deux personnes se disent au revoir puis continuent ensemble. “ Panache de fumée ” pour masse visible de gaz et de particules d’une combustion fait également partie du lot. “ Voxto ” et “ Terres rares ” ont également retenu l’attention. Le premier étant un message vocal court envoyé via un appareil mobile tandis que le second fait référence à des éléments utilisés en haute technologie. Parmi les nouveaux mots dans la francophonie canadienne, le logiciel Antidote, a publié un palmarès intégré à son dictionnaire. On y remarque entre autres : “ Flexipreneur ”, un terme lié à l’entrepreneuriat moderne; “ Nanobrasserie ”, petites brasseries artisanales; “ Carbonégatif ”, qui réduit plus de carbone qu’il en émet; et “ crufiture ”, confiture sans cuisson.
Mon mot de l’année ne figure pas nécessairement dans les palmarès 2025 des dictionnaires ou des institutions linguistiques. Il s'agit du mot “ dystopie ”. Je n’y étais pas particulièrement familier - le mot n’est sans doute pas nouveau, mais il s’est imposé à moi puisque je l’ai entendu et lu à maintes et maintes reprises tout au long de l’année. Et pour cause : la dystopie désigne un monde ou un système politique, social, technologique ou économique qui pousse à l’extrême les dérives du présent. Or, la dérive a bel et bien fait partie de notre quotidien en 2025. Cette fois, elle n’est pas incarnée dans des concepts abstraits, mais dans des noms propres. Trump, Vance, Poutine, Musk, Zuckerberg et Bezos évoquent cette dérive, non pas comme des figures isolées, mais comme des incarnations d’un monde où le pouvoir, la technologie et l’économie s’entrelacent au point de faire basculer la réalité vers un imaginaire dystopique, où la fiction semble parfois en retard sur le réel.
Il ne faut pas sous-estimer le pouvoir des mots. Un ou deux mots, ou même un chiffre, suffisent souvent à saisir et à comprendre les contextes dans lesquels nous évoluons. Dites “ 11 septembre ”, et les attentats terroristes surgissent immédiatement dans notre mémoire collective. Évoquez le “Printemps arabe ”, et ce sont les images des contestations populaires de 2010 qui refont surface. Pour ma part, le mot “ dystopie ” restera à jamais associé à cette période oppressante et déshumanisée que nous traversons. Le mérite des mots est précisément de nous aider à prendre du recul, à remettre les choses en perspective et à les inscrire dans leur contexte historique. Gardons espoir qu’en les nommant avec justesse, nous parviendrons un jour à distinguer le vrai du faux de ce monde aux accents dystopiques.
Très bel article! J’ajouterais le mot anticonstitutionnellement, le plus long mot de la langue française.
RépondreSupprimerOui, tu as raison et en plus c’est un mot à la mode parce que malheureusement trop utilisé dans nos démocraties.
SupprimerUn mot que j'ai entendu souvent en 2025, retraite... et maintenant j'entends beaucoup ces mots .... ahhh tu es revenue ...
RépondreSupprimerEt un jour tu entendras Ahhh elle est repartie
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