Sommes-nous trop gentils...ou pas?

SOMMES-NOUS TROP GENTILS…OU PAS?


Avez-vous remarqué qu'ici, en Acadie, nous sommes généreux avec les ovations? La chanteuse a beau fausser, le comédien oublier ses répliques, nous ne pouvons pas nous empêcher de nous lever debout à la fin d’un spectacle pour applaudir à tout rompre. Le moins que l’on puisse dire est que l’esprit critique ne fait pas partie de l’ADN des Acadiens. Nous n’avons pas pour habitude d’analyser et critiquer une information ou une situation, pas plus que de remettre en question des idées reçues sans preuve, en distinguant les faits des opinions. Pourquoi avons-nous autant de difficultés à nous forger une opinion éclairée et argumentée?


Ma question manque sans doute de nuance, car ici, comme dans toute société, l’esprit critique varie selon les individus et les conditions sociales. Cela étant dit, certains facteurs propres à  l’Acadie ont pu freiner, au fil des ans, pour ne pas dire des siècles, l’expression publique de l’esprit critique. Reportons-nous à la déportation de 1755, période durant laquelle les Acadiens, pour survivre, ont dû s’adapter et éviter de faire des vagues. Cette réalité a nécessairement favorisé une méfiance envers la confrontation. Nous avons aussi coutume de dire qu’ici,” le monde est petit ”. En effet, tout le monde se connaît, de sorte que critiquer publiquement peut avoir un coût social réel. L’élite acadienne, qu’il s’agisse du clergé ou d’autres leaders communautaires, en jouant un rôle central dans la préservation de l’identité collective, a contribué à instaurer une culture du consensus, d’où une difficulté à critiquer sans être perçu comme déloyal.


Il serait faux de dire que l’esprit critique est totalement absent en Acadie. Nous en avons l’intelligence et la capacité. Nous sommes toutefois le produit d’une culture dans laquelle l’harmonie n’a pas toujours fait bon ménage avec le débat. Heureusement, nous pouvons nous vanter de compter parmi nous des autrices et des auteurs reconnus pour leur regard critique. Citons, par exemple, Herménégilde Chiasson, reconnu pour son instrumentalisation de l’identité acadienne; Joseph Yvon Thériault, bien que vivant à Montréal, est un penseur incontournable de l’Acadie contemporaine; France Daigle, critique de la langue normée; Gérald LeBlanc, poète acadien emblématique, à qui on doit de nombreux textes interprétés par le groupe 1755; et, bien sûr, Antonine Maillet, connue notamment pour sa pièce La Sagouine et son roman Pélagie-la-Charrette, pour lequel elle a obtenu le prix Goncourt en 1979. 


J’ai également confiance en la jeune génération. Les Gabriel Robichaud, Bianca Richard, Jonathan Roy, Georgette LeBlanc, Emma Haché et plusieurs autres incarnent, chacun à leur façon, une critique de l’Acadie. Cette critique s’exprime sans la référence au folklore, avec une irrévérence qui, ma foi, me plaît beaucoup. Inspirons-nous donc de ces autrices et de ces auteurs lors de notre prochaine sortie culturelle, afin de décider si l’on ovationne… ou si l’on demeure assis.

 


Commentaires

  1. Sans oublier Jean—Jacques Doucet, auteur des chroniques hebdomadaires!

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    1. Pour que l’esprit critique existe, il faut des gens comme toi qui nous écoutent et qui nous lisent.

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