L'apprentissage...encore

L’APPRENTISSAGE…ENCORE


Ma dernière chronique, qui traitait de  l’apprentissage, m’a permis de renouer avec un univers dans lequel j’ai évolué pendant près de 40. Cela m’a fait du bien. C’est donc dans la continuité de ce texte que je me permets d'aborder aujourd’hui l'éducation des adultes, ou andragogie. 


Enseigner aux adultes m'a d'abord et avant tout fait apprendre. Car, oui, il n’y a pas de meilleure façon d’apprendre que d’enseigner. Cette carrière m’a également fait vivre des expériences marquantes, de rencontrer des personnes inspirantes et de voyager dans des lieux aussi éloignés que l’Afrique et le Brésil. Plus qu’un métier, ce fut une école de vie.


Je me permets donc de reprendre, pour un instant, mon rôle de professeur (parce que oui, quand on enseigne on joue un rôle) afin de proposer quelques définitions. L’éducation des adultes désigne l’ensemble des processus d’apprentissage, formels ou informels, destinés aux personnes ayant dépassé l’âge de la scolarité obligatoire. L’andragogie, quant à elle,  se définit comme la science et pratique de l’aide éducative à l’apprentissage pour les adultes.


Un passage de ces définitions mérite qu’on s’y attarde. L’adulte apprend certes dans des milieux formels : salles de classes, établissements reconnus, programmes structurés. Mais il  apprend tout aussi bien dans un contexte informel c’est-à-dire de manière non structurée, souvent involontaire et spontanée. J’ai même eu une professeure qui me répétait souvent : “ Le monde est un vaste campus ”. Cette formule m’a toujours accompagné.


Il existe diverses manières d’aborder l’andragogie. Pour ma part, j’ai choisi d’en évoquer brièvement l’ancrage historique. On peut en retracer les fondements chez les philosophes de la Grèce antique. Mais c’est surtout de Jésus de Nazareth que je souhaite vous parler. 


Sans prétendre établir une comparaison audacieuse, on peut avancer que Jésus fut, à sa manière, un précurseur de l'éducation des adultes. Il s’adressait à des femmes et à des hommes déjà engagés dans la vie économique et sociale. Son enseignement prenait appui sur l’expérience vécue : paraboles tirées du quotidien, questions suscitant la réflexion, appels à la responsabilité personnelle. En véritable andragogue, il n’imposait pas un savoir figé; il invitait au dialogue et à la transformation intérieure. De plus, il enseignait dans des lieux informels : sur les routes, dans les maisons, au bord de la mer, dans les champs. 


On retrouve là plusieurs principes aujourd’hui associés à l'andragogie moderne, notamment ceux mis de l’avant par Malcolm Knowles : l'importance de l’expérience, l’autonomie de l’apprenant, la responsabilisation et le dialogue. 


Tout comme lui, à une échelle évidemment plus modeste, j’ai toujours privilégié une approche centrée sur l’apprentissage de l’adulte. À mes débuts, cette perspective était encore marginale. Aujourd’hui, elle est largement intégrée dans les milieux éducatifs, professionnels et organisationnels.  


Les principes demeurent, mais les contextes évoluent. Le numérique occupe désormais une place centrale dans l'apprentissage, notamment par les plateformes en ligne. Et que dire de l’intelligence artificielle, qui redéfinit progressivement nos façons d ‘apprendre et d'enseigner?


Le défi des prochaines années consistera à intégrer ces technologies sans sacrifier la dimension humaine de l'apprentissage. Car si les outils se transforment, l’essentiel demeure : l'adulte apprend à partir de son expérience, dans la rencontre, dans le dialogue, dans le sens qu’il donne à ce qu’il vit.


Revenir à l’andragogie, pour moi, c'est revenir à cette conviction profonde : apprendre, c'est grandir en humanité. Et cela, aucune technologie ne pourra jamais l’abolir.



Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

La gratitude

La résistance par la joie

Vieillir - So What! ou Ôde à la ride