Une amitié d’indéfectible
UNE AMITIÉ INDÉFECTIBLE
Depuis toujours, j’ai un ami indéfectible : le livre. Je ne parle pas ici d’auteurs parce que j’en ai délaissé certains et que plusieurs m’ont déçu. Mais le livre, lui, ne m’a jamais quitté. Il m’a initié à la littérature, à l'histoire, m’a appris et m’a fait apprendre. Et j’entends mes enfants me dire ce que je leur ai tellement dit : « On est jamais seul avec un livre ».
Mon premier souvenir remonte à l’âge de 6 ans. Je ne fais pas partie de ces « enfants savants » qui savaient lire avant d'entrer à l’école. D’ailleurs, je n’ai pas vraiment souvenir qu’il y avait des livres à la maison durant ma petite enfance. À l’automne de ma première année du primaire, ma maîtresse, parce qu’à l’époque on n’avait pas des enseignantes mais des maîtresses, avait donné pour devoir de lire à haute voix devant la classe un extrait de notre livre de lecture. J’étais terrorisé de me retrouver devant la classe de sorte que la veille, j’ai appris par coeur ledit texte. Je ne l’ai jamais oublié :
La maman dit
Viens Jean
Viens Marie
Viens dîner bébé.
Avant le temps, j’ai appris à lire sans mémoriser, puis à parler avec assurance devant une classe …au point de devenir professeur. Comme quoi il ne faut jamais désespérer.
J’ai donc, avec le temps, apprivoisé le livre. Il fut pour moi un grand ami durant toute mon enfance et mon adolescence et cette amitié s’est poursuivie jusqu’à aujourd’hui. Curieusement, durant mon enfance, ce sont d’abord les livres d’histoire qui m’ont intéressé, notamment ceux portant sur la monarchie en France.
À l'adolescence, le livre qui m’a le plus marqué est l’autobiographie de Martin Gray, Au nom de tous les miens. L’action se situe en Pologne durant la Seconde Guerre mondiale puis aux États-Unis et en Europe. L'auteur, après avoir perdu sa famille au sein des nazis et avoir survécu à un camp d’extermination, a perdu toute sa famille une deuxième fois dans un incendie. Je pense que son histoire m’a mis en pleine face l'hommerie et ses horreurs mais surtout la puissance de la résilience.
À l’âge adulte, j’ai beaucoup lu pour apprendre. Malcolm Knowles, père de l’andragogie, m’a particulièrement marqué. Mais j’ai aussi lu pour le plaisir : romans, biographies et même des livres de recettes. Je n’oublie pas les Guide de l’auto parce que, comme vous avez pu le constater dans une de mes chroniques, je suis un gars de “ chars ”.
Oui j’ai beaucoup lu. Et le livre m’a énormément apporté. Je me considère comme un privilégié. D'autres n'ont pas eu la même chance. Selon Statistiques Canada, 60 % des francophones au Nouveau-Brunswick sont des analphabètes fonctionnels. Cela implique que les Acadiens de ma province peuvent à peu près lire mais sans comprendre ce qu’ils lisent. Non pas par manque d’intelligence, mais en raison de facteurs historiques, sociaux et culturels. Que faire? Bien sûr, la formation continue. Mais, d'après moi, il faut agir dès la petite enfance, même si cela implique pour l’enfant de surmonter des peurs, comme celle de lire à haute voix. Il survivra et pourra sans doute vaincre sa crainte et apprécier la lecture pour ainsi faire du livre son ami.
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